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Comptabilité analytique : les notions de base

Combien coûte un produit, lequel rapporte, à partir de quel chiffre d'affaires l'entreprise gagne de l'argent. Les outils de calcul des coûts, avec des exemples de petites entreprises : boutique, atelier de couture, boulangerie, salon de coiffure, restaurant.

À quoi sert la comptabilité analytique ?

La comptabilité générale donne le résultat de toute l'entreprise, une fois par an. Elle ne dit pas quel produit rapporte, ni combien coûte un article. La comptabilité analytique découpe ce résultat : par produit, par activité, par client ou par mois. C'est un outil de gestion, qui sert à décider.

Comptabilité générale

  • Obligatoire pour les entreprises du réel, selon le SYSCOHADA révisé.
  • Classe les charges par nature : achats, loyers, salaires…
  • Donne un résultat global, à la clôture de l'exercice.
  • S'adresse aussi aux tiers : administration fiscale, banque, associés.

Comptabilité analytique

  • Facultative, tenue pour les besoins de l'entreprise.
  • Reclasse les charges par destination : tel produit, tel atelier, telle activité.
  • Donne un coût et un résultat par produit, aussi souvent que nécessaire.
  • S'adresse au dirigeant : fixer les prix, choisir, prévoir.

Les questions auxquelles elle répond

  • Combien me coûte vraiment ce produit ou ce service ?
  • Mon prix de vente couvre-t-il tous mes coûts ?
  • Quel produit rapporte le plus ? Lequel perd de l'argent ?
  • Quel chiffre d'affaires faut-il atteindre pour ne pas perdre d'argent ?

Le plan comptable SYSCOHADA réserve la classe 9 à la comptabilité analytique. Une petite entreprise peut aussi la tenir à part, dans un tableur, à partir des chiffres de sa comptabilité générale.

Les charges à retenir

Le point de départ, ce sont les charges de la comptabilité générale. Avant de calculer des coûts, on les corrige pour ne garder que celles qui reflètent l'activité normale de l'entreprise.

Charges incorporables

Les charges de l'activité normale : achats, loyers, salaires, électricité, amortissements… Elles entrent dans les coûts.

Charges non incorporables

Les charges étrangères à l'activité normale : pénalités et amendes, charges exceptionnelles (HAO). On les écarte.

Charges supplétives

Des coûts réels que la comptabilité générale n'enregistre pas : le travail de l'entrepreneur individuel qui ne se verse pas de salaire, la rémunération des capitaux qu'il a apportés. On les ajoute.

Charges de l'analyse = charges de la comptabilité générale − charges non incorporables + charges supplétives

Pourquoi ajouter le travail de l'exploitant ? Parce que, sans lui, l'atelier paraît rentable alors qu'il ne rémunère pas celui qui le fait tourner. Ce que l'exploitant prélève pour son travail n'est pas une charge déductible (art. 78 du CGI 2026) : la comptabilité générale ne le montre pas.

Exemple chiffré : Atelier de couture : les charges à retenir.

Charges directes et charges indirectes

Charge directe

Elle ne concerne qu'un produit et s'y rattache sans calcul : la farine du pain, le tissu d'une robe, la commission versée sur une prestation.

Charge indirecte

Elle concerne plusieurs produits à la fois : le gaz du four, le loyer de l'atelier, le salaire du gérant. Il faut la répartir entre les produits.

Répartir une charge indirecte

  1. RegrouperLes charges indirectes sont regroupées par centre d'analyse : le four, l'atelier, la vente, l'administration.
  2. Choisir une unité d'œuvreCe qui mesure l'activité du centre : l'heure de four, l'heure de machine, le sac de farine, le nombre de livraisons.
  3. Calculer son coûtCoût de l'unité d'œuvre = charges du centre ÷ nombre d'unités d'œuvre.
  4. ImputerChaque produit reçoit le coût des unités d'œuvre qu'il a consommées.

Exemple chiffré : Boulangerie : répartir les frais du four.

Du coût d'achat au coût de revient

Les coûts s'additionnent dans l'ordre où l'entreprise travaille : elle achète, elle fabrique si elle fabrique, puis elle vend.

CoûtCe qu'il comprend
Coût d'achatPrix d'achat + frais d'achat : transport, manutention, droits de douane. Pour un commerce, c'est le coût des marchandises ; pour un atelier, celui des matières.
Coût de productionMatières consommées + main-d'œuvre de fabrication + part des frais de fabrication (atelier, four, machines). Concerne l'artisanat et l'industrie.
Coût de revientCoût de production des produits vendus, ou coût d'achat des marchandises vendues, + frais de distribution : emballages, livraison, commissions, publicité.
Résultat analytiqueChiffre d'affaires − coût de revient, produit par produit.
Coût de revient unitaire = coût de revient ÷ quantité vendue
Résultat par unité = prix de vente − coût de revient unitaire

Quand une partie de la production reste en stock, seul le coût des produits vendus entre dans le coût de revient. Les exemples supposent que tout ce qui est produit est vendu dans le mois.

Exemples chiffrés : Boutique de quartier : le vrai coût d'un sac de riz ; Boulangerie : coût de revient et résultat par produit.

Charges fixes et charges variables

Charge variable

Elle suit le volume d'activité : marchandises, matières, emballages, commissions sur les ventes. Pas de vente, pas de charge.

Charge fixe

Elle reste la même, que l'on vende peu ou beaucoup, tant que la capacité ne change pas : loyer, salaires fixes, amortissements, assurance, abonnements.

EntrepriseCharges variablesCharges fixes
BoutiqueMarchandises vendues, sachetsLoyer, salaire du vendeur, électricité
BoulangerieFarine, levure, sucre, gaz du fourLoyer, salaires fixes, amortissement du four
Salon de coiffureProduits capillaires, commissions des coiffeusesLoyer, salaire de la gérante, amortissement du matériel
TransportCarburant, péages, primes par voyageAssurance, amortissement du véhicule, salaire du chauffeur

La marge sur coût variable

Marge sur coût variable = chiffre d'affaires − charges variables
Taux de marge sur coût variable = marge sur coût variable ÷ chiffre d'affaires

C'est ce qui reste de chaque vente pour payer les charges fixes. Tant que les charges fixes ne sont pas couvertes, l'entreprise perd de l'argent ; une fois qu'elles le sont, toute la marge devient bénéfice.

Certaines charges sont mixtes : une facture d'électricité comprend un abonnement fixe et une consommation variable. On sépare les deux parts.

Le seuil de rentabilité

Le seuil de rentabilité est le chiffre d'affaires pour lequel la marge sur coût variable couvre exactement les charges fixes : le résultat est nul. En dessous, l'entreprise perd de l'argent ; au-dessus, elle en gagne.

Seuil de rentabilité = charges fixes ÷ taux de marge sur coût variable
Point mort, date où le seuil est atteint = seuil ÷ chiffre d'affaires annuel × 12 mois
Marge de sécurité = chiffre d'affaires − seuil de rentabilité

Le point mort suppose des ventes régulières sur l'année. Pour une activité saisonnière, on cumule les ventes mois par mois jusqu'à atteindre le seuil.

Calculateur du seuil de rentabilité

Chiffre d'affaires9 600 000 F
Charges variables3 840 000 F
Marge sur coût variable = chiffre d'affaires − charges variables5 760 000 F
Taux de marge sur coût variable60 %
Charges fixes4 800 000 F
Seuil de rentabilité = charges fixes ÷ taux de marge8 000 000 F
Point mort, ventes réparties sur l'année10 mois, soit fin octobre
Marge de sécurité = chiffre d'affaires − seuil1 600 000 F
Résultat = marge sur coût variable − charges fixes960 000 F

Le calculateur reprend les chiffres d'un cas pratique : Salon de coiffure : le seuil de rentabilité.

Décider avec les coûts

DécisionCe qu'il faut regarder
Fixer un prix de venteLe prix doit couvrir le coût de revient unitaire, puis dégager une marge. Sur la durée, le coût de revient est le prix plancher.
Accepter une commande à prix réduitSi l'entreprise a de la capacité inutilisée et que la commande n'entraîne pas de nouvelles charges fixes, un prix supérieur au coût variable unitaire augmente le résultat. Attention aux autres clients, qui pourraient demander le même prix.
Choisir le produit à développerComparer les marges sur coût variable de chaque produit, plutôt que leurs résultats après répartition des charges fixes.
Garder ou arrêter une activitéUne activité dont la marge sur coût variable est positive aide à payer les charges fixes. L'arrêter ne fait gagner que les charges fixes qu'on peut supprimer avec elle.

Exemple chiffré : Restaurant : faut-il arrêter le service du soir ?.

Entraînement : classer les charges

Question 1 sur 8

Farine consommée pour fabriquer le pain d'une boulangerie